Notes sur l’essai Lopez-Medina et al. dans le JAMA (2021)


Basé sur les threads twitter de @gabinjean3 et @Covid19Crusher

Il existe en gros deux études “négatives” seulement, Soto-Becerra et Lopez-Medina, toutes deux bourrées de défauts, mais elles sont extraordinairement populaires et beaucoup plus citées que la vingtaine d’essais contrôlés randomisés favorables (étonnant, n’est-ce pas?). Penchons-nous alors sur Lopez-Medina:

Essai contrôlé randomisé en double aveugle sur 476 patients qui compare un bras ivermectine à un bras placebo, disponible ici.

Résultats

Sur le critère principal (résolution des symptômes), et sur les autres critères mesurés (détérioration clinique, hospitalisation ou passage en soins intensifs, décès), le groupe ivermectine est supérieur au groupe placebo, mais la significativité n’est jamais atteinte. L’essai conclut donc à une absence d’efficacité du traitement dans le contexte de cette étude.

Liens d’intérêts

La section conflits d’intérêt, si souvent vide dans les essais sur l’ivermectine, est ici très, mais alors très richement fournie: Sanofi Pasteur, GlaxoSmithKline, Janssen, Merck, Gilead, qui ont des traitements et / ou des vaccins covid dans leur portefeuille, ont versé de l’argent à des auteurs PENDANT que l’étude était réalisée!

Population

Les patients sont très jeunes: moyenne d’âge de 37 ans (de 29 à 48), donc essentiellement des gens pour lesquels avec ou sans traitement, les choses vont plutôt bien se passer (très peu de formes sévères et de décès). Ce n’est PAS une population représentative de la population traitée dans le monde réel. En toute logique, il est plus difficile d’observer un effet du traitement sur ce type de population, au point que le critère principal initial, la réduction de la détérioration, a du être abandonné en cours de route au profit du peu révélateur “résolution des symptômes” (ce n’est jamais bon signe quand le critère principal change en cours de route, mais vous verrez, ce n’est que le début).

Les patients ont été admis dans l’étude jusqu’à 7 jours après le début des symptômes: là aussi, cela ne facilite pas la détection de l’effet d’un traitement quel qu’il soit.

Mesures

Le critère principal choisi est binaire: ou bien les symptômes ont disparu à 21 jours, ou bien pas. Il ne permet pas de faire la distinction entre différents degrés d’atténuation des symptômes, ce qui va aussi contribuer à compliquer la détection d’un effet.

Aucun biomarqueur n’a été mesuré: on ne sait rien de la clairance virale, par exemple. Avec 0 décès dans le groupe ivermectine, 1 décès dans le groupe placebo, on a très peu de données objectives exploitables. Les données ont été en majorité récoltées par téléphone (pour la majorité de personnes non-hospitalisées), ce qui n’est pas terrible non plus. En gros, cette étude ne nous apprend pas grand chose parce que les critères mesurés et la population choisie limitent son utilité dans le monde réel.

Problèmes

  • Les pharmaciens ont réalisé avec effroi que pendant 2 semaines, des participants du groupe placebo avaient reçu… de l’ivermectine, et pas du placebo. Ces patients ont été exclus de l’analyse, mais comment être certain que ça n’est arrivé qu’une fois?
  • On s’interroge d’autant plus quand on remarque que le profil des effets secondaires est très similaire dans les deux groupes, avec certains effets secondaires caractéristiques de l’ivermectine à haute dose (éruptions cutanées, diarrhée, photophobie, vision floue) très bien représentés dans le groupe placebo. Personne n’ayant mesuré le taux sérique de l’ivermectine, on ne le saura jamais.
  • Pire encore, comme le souligne cette analyse, le placebo utilisé n’était pas adéquat (une solution dont le goût était très différent de celui, amer, de l’ivermectine), donc le double aveugle n’est pas assuré.
  • Ajoutons que l’ivermectine était en vente libre en Colombie au moment de l’essai, recommandée par son maire (médecin) et très utilisée dans la ville de Cali comme en témoignent les données Google.
  • On apprend de surcroît que les investigateurs ont menti sur le nom de la molécule utilisée!
  • Une autre raison pour laquelle on aurait pu mesurer le taux sérique d’ivermectine, c’est que les auteurs de l’essai ont spécifiquement demandé aux participants de prendre l’ivermectine dans un estomac vide, alors que la FLCCC recommande justement de la prendre avec un repas pour optimiser son accumulation (contrairement à ce qui est recommandé quand on l’utilise comme vermifuge).
  • Les auteurs écrivent qu'”aucun essai contrôlé randomisé avec des résultats positifs n’a encore été publié dans une revue après examen par les pairs”, ce qui est simplement un mensonge.

Ce n’est donc pas une étude très utile pour déterminer si l’ivermectine est efficace ou non contre la covid. Ses auteurs reconnaissent volontiers une partie de ses défauts: ce n’est objectivement pas un très bon essai.

En fait, il est tellement mauvais qu’il a désormais même droit à une pétition en ligne de médecins consternés par sa publication: https://jamaletter.com/

Une fois ajouté dans la méta-analyse de la Dr Tess Lawrie, cet essai… n’y change pas grand chose, pour ce qui compte le plus, le RR de mortalité:

Avant Lopez-Medina: 0.35 [0.15-0.80] p=0.006
Après: 0.35 [0.16-0.77] p=0.009

L’ivermectine continue donc d’être associée à une baisse de la mortalité, ni plus, ni moins qu’avant.

Le problème est évidemment ailleurs: alors que les essais contrôlés randomisés favorables à l’ivermectine rencontrent de très grandes difficultés à être publiés, cet essai a sans problème été accepté par une revue à haut facteur d’impact. Alors que de grands médias comme le New York Times n’ont jamais daigné montré le moindre intérêt pour les plus de 20 essais contrôlés randomisés favorables à l’ivermectine, celui-ci a immédiatement retenu toute leur attention, et a même fait réagir CNN et la FDA!

Force est de constater que des obstacles bloquent systématiquement les articles favorables à l’ivermectine (censure systématique, exigences plus élevées que pour les autres traitements de la part des autorités de régulation, et même récemment retrait de la publication d’un article déjà accepté par les pairs, un cas unique).

Alors que le tapis rouge médiatique est déroulé quand des études, même extrêmement mal concues et limitées comme celle-ci, concluent à son inefficacité.

Un bon résumé de certains des défauts de ce travail se trouve dans cette interview sous-titrée de David Scheim, à partir de 5:14